Communication

Les questions fondamentales : d'où viennent les doutes que l'on porte sur soi ?

11 min de lecture

Chacun porte en lui un doute sur lui-même.
Certains se demandent s'ils sont assez compétents.
D'autres se demandent si on les aime vraiment, ou s'ils sont libres de mener leur vie comme ils l'entendent.
AGILIS® Com appelle ce doute la question fondamentale.
On pourrait croire que ces questions sont nées avec la psychologie moderne.
En réalité, des philosophes et des écrivains se les posent depuis plus de deux mille ans.
Cet article raconte d'où viennent ces doutes, et sur quoi ils reposent.

Socrate et Augustin se demandaient déjà qui ils étaient

Vers 370 avant notre ère, Platon écrit un dialogue, le Phèdre.
Son maître Socrate y explique qu'il n'a pas le temps d'étudier les vieux mythes.
Il a plus urgent : il cherche encore à savoir ce qu'il est lui-même.
Il se demande s'il est un monstre plus compliqué que Typhon, une créature des légendes, ou un être plus doux et plus simple.
C'est l'un des plus anciens textes où un homme doute de sa propre nature.

Vers l'an 400, saint Augustin perd un ami d'enfance.
Dans ses Confessions, il écrit en latin : « factus eram ipse mihi magna quaestio ».
Mot à mot, cela veut dire : j'étais devenu pour moi-même une grande question.
Augustin ne comprend plus ce qu'il ressent, et il se regarde comme une énigme.
Sa phrase dit très exactement ce qu'est un doute sur soi.

Le doute naît sous le regard des autres

Vers 330 avant notre ère, Aristote remarque que la plupart des gens préfèrent recevoir de l'affection plutôt qu'en donner.
Il ajoute que, pour eux, être aimé ressemble beaucoup à être honoré.
Dès l'Antiquité, être aimé et être estimé se mélangent donc dans l'esprit des gens.

En 1755, Jean-Jacques Rousseau raconte le moment où les hommes ont commencé à vivre ensemble.
Il écrit : « Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même. »
Il ajoute que, dès ce moment, « l'estime publique eut un prix ».
Pour Rousseau, le doute sur soi naît avec la vie en société.

En 1759, le philosophe écossais Adam Smith écrit une phrase restée célèbre : « Man naturally desires, not only to be loved, but to be lovely ».
En français, l'homme désire naturellement être aimé, et aussi être digne d'être aimé.
Smith sépare ainsi deux choses : recevoir l'affection des autres, et la mériter.
Nous retrouverons cette idée plus bas, quand nous parlerons des deux questions de chaque Élément.

En 1890, le psychologue américain William James décrit ce qu'il appelle le soi social.
C'est l'image de nous que les autres gardent en tête.
Selon lui, nous avons tous un penchant à nous faire remarquer, et à être remarqués en bien : « noticed favorably », écrit-il.
James imagine aussi la pire des punitions : vivre parmi les autres sans que personne ne nous remarque jamais.
Nous serions alors traités comme des « non-existing things », des choses qui n'existent pas.

En 1902, le sociologue Charles Cooley donne un nom à cette idée : le « looking-glass self », le soi miroir.
Nous nous voyons dans l'esprit des autres comme dans une glace.
Ce qui nous rend fiers ou honteux n'est pas toujours ce que l'autre pense vraiment.
C'est souvent ce que nous imaginons qu'il pense.
Voilà pourquoi un doute peut grandir même quand personne ne nous juge mal.

Le doute prend la forme d'une question

En 1893, l'écrivain André Gide note dans son Journal sa « question perpétuelle (et c'est une obsession maladive) : Suis-je aimable ? ».
Chez Gide, « aimable » veut dire « digne d'être aimé », et non « gentil ».
C'est la plus ancienne question en « Suis-je… ? » sur sa propre valeur que nous ayons trouvée en français.

Le psychiatre Paul Schilder va plus loin.
Dans son livre Psychotherapy, il écrit : « Every individual asks himself two questions: Am I lovable? Can I be successful? »
Autrement dit, chaque personne se demande si on peut l'aimer, et si elle peut réussir.
Nous avons lu cette phrase dans l'édition de 1951.
Le livre est paru pour la première fois en 1938, et nous ne savons pas encore si la phrase y figurait déjà.

En 1950, la psychanalyste Karen Horney écrit à son tour que la question « Am I attractive? » ne se sépare pas d'une autre : « Am I lovable? ».
Autrement dit, se demander si l'on plaît revient à se demander si l'on peut être aimé.
À la même époque, le psychologue Erik Erikson résume chaque étape de la vie par une phrase, mais il choisit une affirmation plutôt qu'une question.
Pour le tout petit enfant, il écrit « I am what I am given », c'est-à-dire je suis ce qu'on me donne.
Les questions qu'on lui prête parfois dans les manuels ne viennent pas de lui.

Les chercheurs y voient des besoins

Au XXe siècle, la psychologie ajoute une explication.
Un doute sur soi naît souvent d'un besoin qui n'a pas été comblé.
En 1943, Abraham Maslow décrit le besoin d'estime.
Il y range le désir de réussir et de se sentir à la hauteur, et aussi le désir d'« independence and freedom », d'indépendance et de liberté.
Il y range encore le désir d'être reconnu, respecté et apprécié par les autres.
Juste avant, il décrit le besoin d'amour, qui pousse chacun à chercher « a place in his group », une place dans son groupe.
Quand ces besoins restent contrariés, explique Maslow, ils laissent des sentiments d'infériorité, de faiblesse et d'impuissance.

À partir de 1958, le psychologue William Schutz étudie ce que les gens attendent les uns des autres dans un groupe.
Plus tard, il relie ces attentes à trois façons de se voir : se sentir important, compétent et aimable.
Edward Deci et Richard Ryan, deux psychologues américains, ont montré par de nombreuses études que tout être humain a trois besoins de base.
Chacun a besoin de se sentir compétent, de se sentir lié aux autres, et de se sentir l'auteur de ses propres choix.
Ils appellent ce dernier besoin l'autonomie.

Les six questions fondamentales d'AGILIS® Com

AGILIS® Com décrit la personnalité en six Éléments, chacun nommé par sa couleur.
Chaque Élément porte une question fondamentale, c'est-à-dire un doute qui revient.
Cette question est doublée d'une seconde, qui l'éclaire sous un autre angle.
En italique, sous chaque carte, la même question est dite avec des mots de tous les jours.

Élément rouge fonceur
Suis-je important ?
et aussi : suis-je vivant ?
Est-ce que je compte, à mes yeux et aux yeux des autres ? Est-ce que je me sens pleinement vivant ?
Élément orange conciliant
Suis-je appréciable ?
et aussi : suis-je bien vu ?
Est-ce qu'on m'aime pour moi, et pas seulement pour ce que je fais ?
Élément bleu méthodique
Suis-je compétent ?
et aussi : suis-je intelligent ?
Est-ce que j'y arrive assez bien ?
Élément jaune espiègle
Suis-je libre ?
et aussi : suis-je accepté ?
Est-ce que je peux faire ce que je veux, tel que je suis ?
Élément vert imaginatif
Suis-je voulu ?
et aussi : suis-je inclus dans un collectif ?
Est-ce qu'on veut vraiment de moi ici ?
Élément violet opiniâtre
Suis-je digne de confiance ?
et aussi : suis-je respecté ?
Est-ce qu'on peut compter sur moi ? Est-ce que je mérite ma place ?

Chacune de ces questions a des ancêtres.
Le besoin d'être apprécié et bien vu traverse Aristote, Rousseau, Adam Smith et Cooley.
La compétence est le doute que la science a le plus étudié, de Schilder à Deci et Ryan.
La liberté apparaît chez Maslow, puis chez Deci et Ryan sous le nom d'autonomie.
Le besoin d'être voulu et d'avoir sa place dans un groupe est au cœur du besoin d'amour que décrit Maslow.
Le respect figure lui aussi dans sa liste.

Les deux questions de l'Élément rouge disent deux besoins qui se tiennent.
Le premier est de se sentir important, à ses propres yeux comme aux yeux des autres.
Maslow parle déjà du besoin de se sentir « useful and necessary in the world », utile et nécessaire dans le monde.
En 1981, les chercheurs Morris Rosenberg et B. C. McCullough donnent un nom à ce besoin : le « mattering », le sentiment de compter pour les autres.
Celui qui le ressent se sent vu, écouté, et important pour les personnes qui comptent pour lui.
Le second besoin est de se sentir vivant, plein d'énergie.
En 1997, les psychologues Richard Ryan et C. M. Frederick l'ont mesuré sous le nom de vitalité, qu'ils décrivent comme « the state of feeling alive and alert », l'état de se sentir vivant et éveillé.
Les deux besoins se rejoignent chez William James : être ignoré de tous, c'est être traité comme une chose qui n'existe pas.
Aucune étude, à notre connaissance, n'a encore mesuré ces deux besoins ensemble.

La question de l'Élément violet parle de confiance, et aussi de légitimité, c'est-à-dire du sentiment de mériter sa place.
Aristote l'avait déjà vu en étudiant les orateurs.
Selon lui, on croit celui qui parle quand il se montre « worthy of confidence », digne de confiance.
Il nomme trois qualités qui donnent cette confiance : « good sense, virtue, and goodwill », le bon sens, la vertu et la bienveillance.
En 1967, le psychologue américain Stanley Coopersmith range à son tour la vertu, c'est-à-dire le fait de suivre ses principes, parmi les sources de l'estime de soi.
En 1978, les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes décrivent enfin le sentiment d'imposture.
Une personne qui réussit peut rester persuadée qu'elle ne mérite pas sa place, et qu'on finira par s'en apercevoir.
C'est l'autre visage du même doute.

Ces six questions sont des choix.
D'autres doutes existent, et d'autres modèles les ont retenus.
Beaucoup de gens se demandent s'ils sont en sécurité.
D'autres se demandent s'ils sont une bonne personne, ou tout simplement qui ils sont.
AGILIS® Com a gardé les doutes qui touchent à la valeur qu'on se donne et au regard des autres.
C'est logique pour un modèle de communication, qui s'intéresse à ce qui se passe entre les personnes.

Pourquoi deux questions pour un même Élément

Doubler un doute n'est pas une idée neuve.
Adam Smith le fait déjà en 1759, quand il sépare le désir d'être aimé et le désir d'être digne de l'être.
La paire de l'Élément orange suit une ligne voisine : être appréciable, et être bien vu.
William James, lui, sépare le fait d'être remarqué et le fait d'être remarqué en bien.
Maslow coupe le besoin d'estime en deux : la force et la liberté d'un côté, la réputation et le respect de l'autre.
Schilder, enfin, pose deux questions à la fois, l'une sur l'amour et l'autre sur la réussite.

Ces rapprochements ne disent pas que quelqu'un a copié quelqu'un.
Ils montrent que des penseurs très différents, à des siècles d'écart, ont senti la même chose.
Dans plusieurs paires d'AGILIS® Com, une question porte sur ce que l'on est à ses propres yeux, et l'autre sur ce que l'on est aux yeux des autres.
En donnant deux questions à chaque Élément, AGILIS® Com tient compte de ces deux faces du doute.

Sur quoi reposent ces doutes

Ces doutes reposent d'abord sur un fait bien réel.
Un être humain naît incapable de vivre seul, et il apprend qui il est en voyant comment on le regarde.
En 1973, le psychiatre John Bowlby explique que l'enfant se fait une idée de ce qu'il vaut aux yeux des adultes dont il dépend.
Cette idée le suit ensuite à l'âge adulte.

Ils reposent aussi sur l'imagination.
Comme l'a montré Cooley, nous réagissons au jugement que nous prêtons aux autres, et pas toujours à leur jugement réel.
Un regard peut ainsi grossir dans notre tête, ou même s'inventer.

Enfin, un doute résiste souvent aux preuves du contraire.
En 1992, le philosophe Charles Taylor écrit que la reconnaissance est « a vital human need », un besoin humain vital.
Il explique aussi qu'une image de soi abaissée peut rester en nous, même quand sa cause a disparu.
Voilà pourquoi un compliment ne suffit pas toujours à faire taire un doute ancien.

Connaître le doute de quelqu'un aide à bien lui parler

Un doute sur soi n'est pas un défaut.
Il montre ce qui compte le plus pour une personne.
Quand on le connaît, on sait quels mots la rassurent, et quels mots risquent de la blesser sans qu'on le veuille.

Prenons deux collègues qui viennent de rendre le même dossier.
Le premier a pour question fondamentale « Suis-je compétent ? ».
Ce qui le touche d'abord, c'est un retour précis sur la qualité de son travail.
La seconde a pour question fondamentale « Suis-je appréciable ? ».
Ce qui la touche d'abord, c'est d'entendre qu'on est content de travailler avec elle.
Les deux messages sont vrais, et chacun parle à la bonne personne.

Quand la pression monte, chacun cherche à se rassurer sur son doute, et il en fait souvent un peu trop.
L'article sur le manager sous pression montre à quoi cela ressemble au travail.
Connaître sa propre question fondamentale aide aussi à reconnaître celle des autres.

Avec AGILIS® Com, la personne passe un questionnaire, puis un formateur certifié valide son profil.
Son bilan s'ouvre ensuite avec des recommandations faites pour elle, et un entretien lui est proposé.
Pour aller plus loin, l'article sur les six Éléments en équipe montre ce que ces différences changent au quotidien.
Celui sur l'adaptation à son interlocuteur montre comment en tenir compte quand on parle à quelqu'un.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une question fondamentale ?

C'est un doute qui revient, et que chaque personne porte sur elle-même. AGILIS® Com en donne un à chacun de ses six Éléments, par exemple « Suis-je compétent ? » pour l'Élément bleu. Chaque question est doublée d'une seconde, qui l'éclaire sous un autre angle.

Ces questions viennent-elles d'un seul auteur ?

Non. Le doute sur soi traverse l'histoire, de Socrate et saint Augustin jusqu'à la psychologie d'aujourd'hui. Rousseau, Adam Smith, William James et Charles Cooley ont expliqué qu'il naît du regard des autres. Maslow, Schutz, Deci et Ryan l'ont relié à des besoins de base.

Avoir un doute sur soi, est-ce un problème ?

Non. Tout le monde en a un, et il montre ce qui compte le plus pour la personne. Le connaître aide à choisir les mots qui la rassurent, et à mieux comprendre ses réactions quand la pression monte.

Pour aller plus loin sur la communication interpersonnelle

Qu'est-ce qu'un profil de communication 6 couleurs ?

Un profil en six couleurs décrit la façon dont une personne perçoit ce qui l'entoure, ce qui la motive et sa manière de communiquer. Dans Agilis® Com, les six couleurs sont six Éléments de personnalité : orange conciliant, violet opiniâtre, rouge fonceur, vert imaginatif, bleu méthodique et jaune espiègle. Chacun de nous dispose des six. Le profil dit dans quel ordre : l'Élément Fondamental, qui se construit dans l'enfance et ne change pas, l'Élément Actuel, qui porte les motivations du moment, puis les quatre autres.

Comment améliorer sa communication interpersonnelle au travail ?

Trois leviers ressortent dans la pratique. D'abord, repérer votre propre façon de communiquer et celle de vos interlocuteurs, par exemple avec un profil Agilis® Com. Ensuite, ajuster vos mots, votre rythme et votre manière de présenter les choses à la personne en face. Enfin, reconnaître les premiers signes de pression, chez vous comme chez les autres, avant qu'ils n'abîment la coopération.

Que se passe-t-il après le questionnaire ?

Un formateur certifié lit vos réponses et valide votre profil. Votre bilan s'ouvre ensuite, avec des recommandations faites pour vous, et un entretien vous est proposé pour en parler. C'est dans cet échange que le profil prend tout son sens : on y relie ce que vous avez répondu à des situations que vous vivez vraiment.

Quels usages en entreprise pour un outil de communication 6 couleurs ?

Formation, coaching individuel, cohésion d'équipe, prévention des tensions, accompagnement des managers, conduite du changement, relation commerciale. Agilis® Com sert à mieux se connaître et à mieux travailler ensemble : il n'est pas conçu pour le recrutement.

Combien coûte le passage d'un questionnaire de communication ?

Le coût dépend du format : un entretien individuel, un atelier d'équipe, un parcours de formation. Chez Agilis Management, on passe le questionnaire par l'intermédiaire d'un formateur certifié, qui valide le profil et propose l'entretien. Le tarif se demande au formateur ou à notre équipe.